Les obligations du restaurateur qui fait appel à des auto-entrepreneurs

Face aux défis de recrutement et à la recherche de flexibilité, de plus en plus de restaurateurs privilégient le recours aux auto-entrepreneurs plutôt qu’à l’embauche de salariés. Cette stratégie, séduisante en apparence, n’est pas sans risques. Le restaurateur conserve des responsabilités importantes qui peuvent lui coûter très cher en cas de non-respect du cadre légal.

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Le piège du salariat déguisé : un risque de requalification aux conséquences lourdes

La présomption d’indépendance peut tomber rapidement

L’article L8221-6 du Code du travail établit une présomption d’indépendance pour l’auto-entrepreneur. Mais attention : cette présomption peut être renversée dès qu’un lien de subordination est établi.

La Cour de cassation est claire : il y a lien de subordination quand le donneur d’ordre dispose du pouvoir de donner des ordres, de contrôler l’exécution du travail et de sanctionner les manquements.

Les signaux d’alarme à éviter absolument

Votre collaboration avec un auto-entrepreneur risque la requalification si vous :

  • Imposez des horaires stricts

  • Fournissez l’intégralité du matériel et des outils

  • Supervisez le travail au quotidien comme avec un salarié

  • Intégrez totalement le prestataire dans votre équipe

Des sanctions financières qui peuvent ruiner votre établissement

En cas de requalification, les conséquences financières sont dramatiques :

  • Rappels de salaires avec heures supplémentaires

  • Cotisations sociales rétroactives sur toute la période

  • Indemnités de rupture pour le travailleur

  • Sanctions pénales pouvant aller jusqu’à 3 ans d’emprisonnement et 225 000 € d’amende pour travail dissimulé. 

Vos obligations en matière d'hygiène et de sécurité demeurent intactes

Vous restez responsable de la sécurité alimentaire

Confier une prestation à un auto-entrepreneur ne vous dégage pas de vos responsabilités. L’article L421-3 du Code de la consommation est formel : vous êtes responsable de la sécurité des produits mis sur le marché. 

Concrètement : en cas d’intoxication alimentaire liée au travail d’un auto-entrepreneur, votre responsabilité civile et pénale peut être engagée.

La formation HACCP reste obligatoire

Au minimum une personne de votre établissement doit être formée à l’hygiène alimentaire (formation HACCP). Soit votre auto-entrepreneur justifie de cette compétence, soit vous garantissez qu’elle est couverte par votre équipe.

L’assurance RC Pro n’est pas optionnelle

Une assurance responsabilité civile professionnelle adaptée est indispensable. Elle vous protège en cas de dommages corporels, matériels ou immatériels causés par l’activité de votre établissement.

Les bonnes pratiques pour sécuriser vos collaborations

Rédigez des contrats de prestation béton

Un contrat détaillé est votre première protection. Il doit préciser :

  • Les missions exactes confiées. 

  • Les prix et les délais. 

  • L’absence de lien hiérarchique.

  • La liberté d’organisation du prestataire. 

Vérifiez la situation de vos prestataires

Pour toute prestation supérieure à 5 000 €, demandez systématiquement une attestation de vigilance URSSAF. Cette vérification vous protège contre le risque de complicité de travail dissimulé.

Assurez-vous également que votre auto-entrepreneur :

  • Travaille avec d’autres clients (éviter la dépendance économique exclusive)

  • Respecte ses obligations (facturation, déclarations, compte bancaire dédié)

Préserver l’indépendance réelle du prestataire

Laissez votre auto-entrepreneur libre dans :

  • Son organisation temporelle

  • Ses méthodes de travail

  • Ses outils 

Avantages et limites : le tableau complet

Avantages

Risques à maîtriser

Flexibilité selon l’activité

Requalification en contrat de travail

Coûts réduits en charges sociales

Sanctions lourdes si travail dissimulé

Simplicité administrative

Maintien des obligations d’hygiène

Mise en place rapide

Vigilance contractuelle permanente

Notre conseil d'expert

Le recours aux auto-entrepreneurs peut être un véritable atout pour votre restaurant, à condition de respecter scrupuleusement le cadre légal. La frontière entre collaboration saine et salariat déguisé est mince, mais bien réelle.

 

Chez Evolve Food, nous sécurisons ces pratiques au quotidien. De la rédaction de contrats adaptés à la vérification des attestations URSSAF, nous vous accompagnons pour transformer cette flexibilité en avantage concurrentiel, sans risque juridique.

Article intéressant : 

 

  • L’article L421-3 du Code de la consommation impose que les produits et services ne doivent pas porter atteinte à la santé des personnes. Le restaurateur est donc tenu à une obligation de sécurité de résultat : même sans faute, sa responsabilité peut être engagée en cas de toxi-infection alimentaire collective (TIAC) GeneraliNovLaw Avocats
  • En complément, l’article L221-1 du Code de la consommation précise que les produits doivent présenter la sécurité légitime attendue, engageant la responsabilité civile du professionnel

 Code civil, l’article 1240 (anciennement 1382) impose une obligation de réparation en cas de dommage causé à autrui, même en dehors d’un contexte contractuel direct avec le client

Besoin d’accompagnement pour structurer votre étude de marché ? Nos experts connaissent tous les pièges du secteur. Parce qu’ouvrir un restaurant, ça se prépare avec méthode.

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