Conversation avec Marine Moullé-Berteaux, fondatrice de MB RH Consulting

Dans un secteur de l’hôtellerie-restauration en pleine mutation, où la quête de sens et l’évolution des modes de management rebattent les cartes, la question des ressources humaines n’a jamais été aussi stratégique. Recruter ne consiste plus seulement à pourvoir un poste, mais à créer une rencontre durable entre un projet, des valeurs et des femmes et des hommes.

Pour en parler, nous avons échangé avec Marine Moullé-Berteaux, fondatrice de MB RH Consulting, consultante en recrutement spécialisée dans l’hôtellerie-restauration en France et à l’international. Forte d’un parcours mêlant terrain, conseil et grandes maisons, Marine accompagne aujourd’hui les restaurateurs et hôteliers dans la recherche, le recrutement et l’intégration de leurs futurs talents, avec une approche profondément humaine et sur mesure.

Dans cette conversation, elle partage sa vision du secteur, les nouvelles attentes des candidats, l’importance de la marque employeur, et les clés pour recruter autrement dans un marché devenu ultra concurrentiel.

MB RH Consulting fait partie du club Evolve food.

Le club Evolve food est un réseau de partenaires du cabinet qui permet à nos clients d’avoir un accompagnement complet. Ses membres ont été choisis spécifiquement pour la qualité de leurs expertises et leur compréhension des enjeux des restaurateurs.

Pour en savoir plus, faites un tour sur la page dédiée au club Evolve food.

Hello Marine ! Pour commencer, pourrais-tu te présenter et nous dire ce que tu fais aujourd’hui ?

J’ai étudié dans une école de commerce et en parallèle j’ai toujours travaillé en hôtellerie, mais côté restauration, par exemple en extra le soir ou en CDD.

Une de mes premières expériences a été au Sofitel Londres, où j’ai rencontré des équipes passionnées et passionnantes. Et là, je suis tombée dans la marmite ! J’ai toujours été quelqu’un de dynamique et être derrière l’ordinateur toute la journée m’intéressait moins. J’aimais être sollicitée toute la journée, avoir des services intenses…donc j’y ai trouvé un épanouissement. Ma passion s’est créée. 

A la fin de mes études, j’ai rejoint Michael Page en tant que consultante en recrutement, où j’avais pour mission de développer un portefeuille clients et de recruter des assistants et assistantes pour répondre à leurs besoins.

Puis, j’ai eu une opportunité magique : j’ai intégré L’Hôtel de Crillon en tant que Responsable Recrutement. Tout était réuni : l’hôtellerie/restauration ainsi que le côté humain.

Mais, je n’avais plus la diversité des clients que j’avais dans le conseil car je recrutais sur un même établissement. Je suis donc revenue chez Michael Page afin de développer la division hôtellerie-restauration, ce qui m’a permis de réunir à la fois un secteur et un métier qui me passionnent. J’y ai évolué pendant six ans avant de me lancer à mon compte.

Aujourd’hui, je suis consultante en recrutement dans l’hôtellerie-restauration, en France et à l’international. J’accompagne mes clients dans la recherche et l’intégration de leurs futurs talents, grâce à un accompagnement sur mesure.

Qu’est ce qui te séduit le plus dans le secteur de l’hôtellerie-restauration ?

C’est un secteur animé par une véritable quête d’excellence, où l’objectif est avant tout de faire plaisir. Il s’inscrit dans une dynamique d’amélioration permanente, avec cette volonté de faire toujours mieux pour le client, tant dans la qualité que dans l’expérience proposée.

Et puis, la restauration est en perpétuelle évolution. Moi qui peux vite m’ennuyer, je ne m’ennuie jamais. Rien n’est jamais figé.

On voit de plus en plus de restaurateurs s’entourer de professionnels. Est-ce devenu indispensable pour réussir aujourd’hui ?

Nous voulions nous adresser à tout le monde. Même au restaurateur seul dans son foodtruck. C’est justement ces petits restaurateurs qui ont le plus besoin d’outils, pour leur faire gagner du temps, parce qu’ils sont tout seuls et qu’ils doivent tout faire. 

Dans cet univers de la foodtech, certaines solutions sont très chères et les restaurants sont pris pour des vaches à lait. On s’est dit que ce n’était pas normal que seules les grosses chaînes ou les brasseries puissent s’équiper, d’autant plus que le coût réel du digital ne justifie pas les prix. Notre application est donc accessible, simple et abordable.

Cela n’empêche pas d’embarquer aussi des grosses brasseries qui ont besoin de fonctionnalités plus poussées. Par exemple, nous travaillons avec le Paradis Latin, une salle de spectacle avec un gros service de restauration.

Selon toi, quelle est la chose la plus complexe que les restaurateurs doivent suivre ?

La concurrence est plus forte, il faut être bon sur tous les aspects. Le modèle du restaurateur qui fait tout, cuisine, gestion, communication, comptabilité est maintenant obsolète.  Ils vont chercher de l’aide, parfois ponctuellement ou sur le long terme, mais en tout cas, ils cherchent des experts. 

Une personne qui va réussir aujourd’hui dans la restauration, c’est parce qu’elle comprend qu’elle doit se faire épauler par des professionnels, un architecte, un cabinet de recrutement, un avocat, un expert-comptable …

Quels types de profils recrutes-tu le plus ?

Je recrute principalement des sous-chefs, des chefs de cuisine, des chefs exécutifs ainsi que des managers et directeurs de restaurant.

Quel a été ton déclic pour devenir indépendante ?

Je parlais au quotidien avec des entrepreneurs, cela m’a donné envie de me lancer, et pouvoir parler d’indépendant à indépendant. Cela me permet de comprendre leurs problématiques, d’apporter un accompagnement plus personnalisé. 

Un autre déclic était l’envie d’avoir une vision à 360°, ne pas uniquement être sur mes missions clients mais de gérer le marketing, le développement, la création de contenu. C’est ce qui m’a animée. 

Je suis avec une experte, j’aimerais donc approfondir un peu plus le sujet des ressources humaines en restauration. Cette image parfois caricaturale que l’on a d’un secteur militaire, vertical, déshumanisé, où en est-on réellement aujourd’hui ?

Si un restaurateur essaye de recruter sans coupure, sans jour off, ce n’est plus possible. Le Covid a profondément rebattu les cartes, comme un véritable « reset » : beaucoup ont pris conscience qu’il existe une vie en dehors du travail, avec des priorités comme la famille et l’équilibre personnel. 

Et donc les restaurateurs n’ont plus le choix : le management autoritaire, les semaines de 90 heures, tout cela est de plus en plus obsolète. Un énorme changement s’est opéré, et c’est très valorisant pour le secteur. 

Aujourd’hui, les employeurs doivent avant tout s’intéresser à la personne, et bâtir une relation de respect. Cela passe par des questions simples comme “Comment allez-vous?, “Avez-vous des idées à mettre en place dans le restaurant?”. En restauration, chaque candidat reçoit en moyenne cinq à six propositions, ce qui oblige l’employeur à se démarquer par une approche humaine. Les profils sont prêts à travailler, mais ils veulent être respectés, considérés, écoutés. 

Cela passe notamment par :
  • un processus de recrutement humain et structuré,
  • des retours rapides,
  • un onboarding soigné,
  • des points réguliers,
  • une relation employeur-collaborateur basée sur la transparence.

Quelles sont les attentes des candidats dans le rapport au travail ?

Aujourd’hui, les candidats ont besoin de se projeter. Ils veulent comprendre les valeurs, la vision et l’ambition du projet qu’ils rejoignent : un fondateur, une équipe, un projet collectif. Par ailleurs, ils attendent des perspectives d’apprentissage et d’évolution. 

Il y a encore quelques années, les questions en entretien se limitaient surtout aux horaires, au salaire. Désormais, les candidats se questionnent sur l’identité culinaire du chef, les fournisseurs, la philosophie du lieu. 

Parlons de la marque employeur : de quoi s’agit-il et pourquoi est-elle devenue essentielle, notamment en restauration ?

La marque employeur, c’est l’ensemble des éléments qui reflètent ton concept et ton état d’esprit aux yeux d’un candidat potentiel. C’est ce que l’on donne à voir avant même le premier entretien.

Par exemple, cela passe par la mise en avant de l’équipe sur les réseaux sociaux, un fondateur qui fait sa mise en place, des histoires ou des témoignages qui montrent une culture d’entreprise. 

Travailler sa marque employeur, c’est essentiel pour donner l’envie et se différencier dans un marché ultra concurrentiel. 

Comment exprimer la bienveillance lorsqu’on recrute ?

Dès la rédaction de l’annonce, il faut être transparent et honnête sur les conditions de travail. 

Ensuite, lors du premier contact, l’employeur doit être réactif, proposer une rencontre rapidement, prendre le temps d’échanger. 

Il est également essentiel de donner des retours même en cas de refus. Un candidat qui ne correspond pas aujourd’hui, mais qui a été respecté et bien considéré, restera attentif et pourrait devenir un employé dans quelques années. 

Au moment de l’onboarding, les premiers jours du nouvel employé doivent être structurés : pochette d’accueil, planning, signature rapide du contrat, points réguliers pendant la période d’essai… 

En restauration, on attend des équipes qu’elles prennent soin des clients. Mais cela commence en prenant aussi soin de ses collaborateurs, et ce, dès l’entretien.

Si tu peux donner 3 conseils à nos lecteurs restaurateurs ?

Portez de l’attention au candidat, à l’ex-candidat et au collaborateur. 

Parlez à vos collaborateurs, demandez leurs avis et comment ils se sentent.

Soyez le plus transparent possible dans toutes vos indications. 

Et pour finir, peux-tu nous parler d’une de tes dernières missions ?

Je vais parler d’un projet qui m’a beaucoup plu, Comptoir Beldi. La fondatrice s’est lancée seule, avec l’envie de partager sa passion pour le plaisir de recevoir et de dynamiser un concept marocain.

Elle s’est fait accompagner par Service Compris, et elle avait besoin de recruter un ou une chef(fe) de cuisine. Après un mois et demi de recherche sur l’Apec, aucun profil ne correspondait à ses attentes. 

Je l’ai alors accompagnée dans la structuration de son processus : rédaction de l’annonce, premier échange téléphonique, retours rapides sous 24 heures, création de moments privilégiés avec les profils… Elle recherchait véritablement son partenaire, pas seulement un collaborateur.

On a réussi à identifier un profil exceptionnel. Aujourd’hui, sans cette collaboration, l’ouverture n’aurait pas été possible. Elle a su instaurer une relation de confiance dès le processus de recrutement qui a fait toute la différence.

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