Véganisation de la restauration : +10% de commandes sur Deliveroo – ce que les chiffres disent vraiment

L’étude Deliveroo/YouGov publiée fin 2025 confirme une tendance de fond : la demande vegan progresse dans la restauration livrée. Derrière ce chiffre, des enjeux concrets pour les exploitants : adaptation de l’offre, gestion des coûts, positionnement tarifaire et rentabilité. Notre cabinet a décidé de décrypter les données et en tire les implications opérationnelles et financières pour les professionnels du secteur CHR.

+10 % de commandes vegan sur Deliveroo en un an
+35 % de restaurants proposant au moins une option vegan
44 % des Français prêts à tester un classique en version vegan

Un marché en structuration, pas en révolution

La publication de l’étude Deliveroo/YouGov, réalisée sur 1 010 personnes représentatives de la population française en décembre 2025, livre un signal utile à tout exploitant en restauration : la demande vegan existe et se consolide, mais elle ne constitue pas encore une rupture de marché. Comprendre la nuance est essentiel pour prendre des décisions d’investissement éclairées.

 

En un an, les commandes de plats vegan ont progressé de plus de 10 % sur l’application Deliveroo, tandis que le nombre de restaurants référençant au moins une option sans protéines animales a bondi de 35 %. Ce déséquilibre entre l’offre et la demande mérite attention : la croissance de l’offre est trois fois plus rapide que celle des commandes. Cela signifie que la concurrence sur ce segment s’intensifie, et que le simple fait de proposer une option vegan ne constitue plus un avantage différenciant.

Un consommateur vegan minoritaire, une clientèle omnivore cuieuse, massive

L’étude rappelle une réalité souvent occultée par les discours marketing : seulement 2 % des Français déclarent suivre un régime vegan tout au long de l’année. Le vrai moteur de croissance se trouve ailleurs : 29 % des Français envisagent de tester un régime vegan pendant un mois — un chiffre en hausse par rapport aux 27 % enregistrés en 2024. Et surtout, 44 % se disent prêts à commander un classique revisité en version vegan.

 

Cette donnée recentre le débat. Le client cible n’est pas le végan convaincu, mais le consommateur omnivore en recherche de variété, de légèreté ou d’une expérience culinaire différente. C’est une clientèle de curiosité et d’occasion, non de conviction — ce qui implique des leviers d’activation radicalement différents en matière de communication, de mise en avant digitale et de politique tarifaire.

Les déterminants de la décision d'achat : goût, prix et légitimité

L’étude identifie avec précision les conditions de conversion du consommateur. 58 % des Français se disent prêts à commander un plat vegan si le goût et le prix sont perçus comme équivalents à ceux d’un plat traditionnel. Ce chiffre est central pour la stratégie des exploitants : la parité gustative et tarifaire est le prérequis, non un avantage secondaire.

35–44 ans
La santé comme levier principal de consommation vegan
58 %
citent la santé (vs 49 % en 2024)
18–34 ans
L'argument environnemental en progression constante
43 %
citent l'environnement (vs 39 % en 2024)

Au-delà des deux premiers motifs — santé et bien-être animal — un troisième levier émerge : l’envie de défi personnel. Ce dernier point est opérationnellement exploitable, notamment pour structurer des offres ponctuelles (menus janvier, défis hebdomadaires) qui s’appuient sur l’élan de la « flexitarisation » sans nécessiter une refonte complète de la carte.

Nouveaux déclencheurs d'achat : curiosité, réseaux sociaux, caution chef

L’étude met en lumière les vecteurs d’activation les plus efficaces. La curiosité arrive en tête (41 %), suivie de l’influence des proches (23 %) et des réseaux sociaux (22 %). Mais le déclencheur le plus puissant est sans doute la caution d’un chef reconnu : 48 % des Français se disent plus enclins à tester un plat vegan lorsqu’il a été conçu par un professionnel du secteur. Pour les restaurateurs, cela plaide pour une mise en scène forte de la démarche créative : storytelling sur les origines du plat, mise en avant du savoir-faire, présence active sur les plateformes digitales.

Géographie de la demande et format de l'offre : les enseignements clés

Les villes leaders du vegan livré

La demande n’est pas uniformément répartie sur le territoire. L’étude identifie dix villes où l’appétit pour le vegan livré se distingue significativement :

Strasbourg Paris Lyon Nice Marseille Aix-en-Provence Nantes Toulouse Montpellier Tours

Pour un exploitant implanté dans ces zones, la pression concurrentielle sur le vegan est réelle et croissante. Pour les autres marchés, la demande existe mais reste à activer avec davantage de pédagogie commerciale.

Le top 10 des plats vegan les plus commandés

La liste des plats les plus populaires confirme une tendance de fond : c’est la street food gourmande qui structure la demande, non les préparations dites « santé ».

1 Burrito vegan
2 Pita Falafel
3 Avocado toast
4 Kebab vegan
5 Salades composées
6 Durum vegan
7 Bo-Bun au Tofu
8 Tacos vegan
9 Pad Thaï aux légumes
10 Dahl de lentilles

Ce classement a une implication directe sur la structure de coût : des plats comme le burrito, le kebab ou le pad thaï en version vegan présentent des coûts matières potentiellement inférieurs à leurs homologues carnés (substitution protéine animale → légumineuses ou tofu), à condition de maîtriser les approvisionnements et d’éviter le recours systématique aux substituts industriels de viande, souvent plus onéreux.

Analyse des freins : un obstacle perceptuel, pas structurel

L’étude révèle une contradiction de marché que tout responsable commercial doit intégrer : malgré la progression des commandes, les stéréotypes persistent avec une résistance notable.

~50%

des Français associent encore le véganisme à des carences nutritionnelles

41%

perçoivent le régime vegan comme monotone ou fade

Ces freins sont de nature perceptuelle, non gustative. Ils signalent que le travail de conviction n’est pas achevé et qu’il incombe en partie aux restaurateurs de le mener, via la qualité de l’exécution, la présentation visuelle des plats sur les plateformes et la transparence sur la composition nutritionnelle.

 

Pour les cabinets d’expertise comptable accompagnant des établissements, cette donnée est pertinente au moment d’évaluer le potentiel d’un segment vegan : l’investissement ne doit pas se limiter à la production, mais intégrer un volet communication, formation des équipes et optimisation du référencement digital.

Implications financières et opérationnelles pour les restaurateurs

Gestion des coûts matières : une opportunité à cadrer

La substitution des protéines animales par des alternatives végétales offre, en théorie, des marges améliorées. En pratique, cela dépend des choix d’approvisionnement. Les légumineuses (lentilles, pois chiches), le tofu et les céréales restent des produits bon marché. En revanche, les substituts de viande élaborés (steak de soja texturé, nuggets vegan industriels) peuvent afficher des coûts à la portion supérieurs aux protéines animales classiques, particulièrement en restauration rapide de volume. Une analyse fine de la fiche technique par plat est indispensable avant toute décision d’intégration à la carte.

Positionnement tarifaire : la parité comme contrainte stratégique

Le signal envoyé par l’étude est clair : 58 % des consommateurs conditionnent leur achat à une équivalence de prix avec le plat traditionnel. Cette contrainte perceptuelle est une réalité commerciale qui s’impose aux opérateurs. Elle ne signifie pas que le vegan ne peut pas être vendu plus cher, mais que l’écart de prix doit être justifié de manière explicite — par la qualité des ingrédients, l’originalité de la recette ou la caution créative attachée au produit.

 

Dans un contexte inflationniste persistant, cette équation est complexe à résoudre. Elle impose un travail rigoureux sur les coûts d’approvisionnement et sur les grammages, pour maintenir une rentabilité acceptable sans rogner sur la qualité perçue.

Plateformes de livraison : référencement et visibilité digitale

La progression des commandes vegan sur Deliveroo ne doit pas faire oublier le coût d’intermédiation associé aux plateformes (entre 25 % et 30 % de commission selon les contrats). L’enjeu est donc double : optimiser les fiches produits pour apparaître dans les recherches liées au vegan (mots-clés, visuels, descriptions), et travailler la rentabilité nette par commande pour que cette visibilité se traduise en marge réelle, non en chiffre d’affaires creux.

Diversification vs spécialisation : quel modèle retenir ?

Face à la croissance du segment, deux postures s’affrontent. La diversification — intégrer deux ou trois références vegan dans une carte existante — présente l’avantage de la flexibilité et d’un investissement limité. La spécialisation — positionner l’établissement comme une enseigne vegan de référence — permet une cohérence de marque plus forte mais implique un pari plus risqué sur l’évolution de la demande locale. Le choix dépend du positionnement initial de l’établissement, de la demande identifiée dans sa zone de chalandise et de la capacité à différencier son offre dans un marché en densification rapide.

Ce que cette étude change pour votre gestion

L’étude Deliveroo/YouGov confirme trois tendances que nous observons chez nos clients restaurateurs : la montée en puissance de la livraison comme vecteur d’innovation, l’importance croissante des critères extra-gustatifs dans la décision d’achat, et la nécessité d’un pilotage financier fin par ligne de produit.

 

En tant que cabinet spécialisé dans le secteur CHR, nous aidons nos clients à ne pas confondre tendance de marché et opportunité rentable. Le vegan peut l’être. Mais cette rentabilité ne se décrète pas : elle se construit, ligne de compte de résultat par ligne de compte de résultat, avec une lecture rigoureuse des coûts matières, des niveaux de prix acceptables par le marché, et des canaux de distribution adaptés à la marge cible.

Source : Étude réalisée par YouGov pour Deliveroo sur 1 010 personnes représentatives de la population française âgée de 18 ans et plus, du 29 au 30 décembre 2025. Les données de commandes sont issues des statistiques internes de la plateforme Deliveroo sur le marché français.

Notre accompagnement

Evolve Food accompagne les restaurateurs dans l'analyse de rentabilité de leur offre, l'optimisation de leurs fiches techniques et le pilotage de leur activité sur les plateformes de livraison. Si vous souhaitez évaluer le potentiel d'un segment vegan dans votre établissement ou retravailler votre structure de marge, nos équipes sont disponibles pour un premier échange.

Evolve Food — Expertise comptable spécialisée restauration et CHR

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